Samedi 25 février, 2012

Shabazz Palaces – Push the button, start the show

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L’une des grandes découvertes des Transmusicales de Rennes 2011, Shabazz Palaces, dont le dernier album Black Up remporte un immense succès critique depuis juin 2011, méritait-il le déplacement jusqu’à Lille ? Verdict.

Shabazz Palaces, discret duo de Seattle, premier groupe de hip-hop à signer chez Sub Pop, ne fera qu’une poignée d’apparitions en France dans les mois à venir. Imprégné de ses trois albums labyrinthiques, minimalistes, futuristes, Eat Art est allé le voir samedi dernier en clôture du festival roubaisien « En solo ou presque », à la Maison Folie Wazemmes. Une salle intimiste de briques rouges, quelques dizaines de connaisseurs. Changement radical après la vaste scène du Hall 4 des Trans, où Shabazz Palaces avait transcendé sous un déluge fastueux d’effets lumineux. Ici, le binôme est à portée de main. Malgré leurs lunettes noires et le contre-jour, ils sont à nus. On les dévisage, on épie les parures, on traque le moindre geste, on scrute leur art. Aucun tour de passe-passe n’échappe, et pourtant, la magie opère.

À gauche, Tendai « Baba » Maraire, dreadlocks, collier de bois et chemise à grandes fleurs brodées, mitraille son charley et matraque la grosse caisse obsessivement. Quand il lâche ses baguettes, c’est pour tapoter les congas ou surprendre avec des grelots-grigris et une sanza, instrument traditionnel africain dont son père était virtuose. À l’occasion, il se détourne de ses instruments pour accompagner son complice dans des petites chorégraphies élégantes et bien senties, que l’on s’empresse d’imiter.

À droite, Ishmael Butler, alias Palaceer Lazaro, sweat « Don’t Talk To The Cops! », grosses chaînes en or, bagouze Space Invaders, lance les nappes et les beats profonds sur un iMac barré. Menant la danse, le leader, dont un tissu aux motifs africains sert tantôt de voile, tantôt de cape, débite un flux incisif en martelant, maracas aux poings, un sampleur estampillé « JUST NOISE ».

Abreuvés par leurs racines, on est bercés, happés par des flots cybernétiques saccadés, les accents sombrement urbains et les basses puissantes et poignantes. Les morceaux s’entremêlent, rondeurs acoustiques, sonorités traditionnelles ou jazzy, se nouent aux samples électroniques et résonnent métalliquement sous les voûtes poétiques d’un palais futuriste désert. On fredonne les refrains entêtants, on bat le rythme, les cœurs battent la chamade, on se dandine pendant une heure. Le public, enthousiasmé, applaudit à tout rompre, réclame un rappel, puis un autre, honorés avec le large sourire des Shabazz en sueur qui, eux aussi, en redemandent. Quarante-cinq minutes plus tard, alors que certains implorent encore, les lumières s’allument, on atterrit doucement.

Eat Art a pu obtenir d’Ishmael Butler en personne, que Shabazz Palaces se produira à Paris en mai. Si vous trépignez déjà d’impatience, foncez les voir en avril à Baltimore ou la Nouvelle Orléans : ils y feront la première partie de !!!, qui valent eux aussi, à coup sûr, le déplacement.

Lupo 

Crédit photo : Amélie Thorel


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